Campagne de France - FRA147 - day eight

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Bonjour
Non seulement la nuit a été vraiment très noire, mas je dirais même plus qu'elle n'a pas été très brillante non plus pour Campagne de France.
Peu après la tombée de la nuit, le vent a commencé à adonné, c'est à dire à venir un peu plus de notre arrière. Nous avons alors troquer le gennaker pour le spi. Cela faisait un petit moment que l'on ne l'avait pas vu celui-là. Il commençait à s'ennuyer dans son sac au fond du bateau et il était temps de lui faire prendre l'air.
Par contre, que ça adonne, c'est plutôt bien, mais que ça mollisse carrément en même temps, ça c'est beaucoup moins bien. En effet, dans le petit temps, c'est toujours mieux d'être à des allures près du vent, car en avançant, avec la vitesse du bateau, on crée son propre vent qui s'ajoute au vent réel qui souffle sur l'eau. Cela nous fait donc un vent apparent, celui avec lequel on navigue, qui est plus important. C'est d'ailleurs l'explication par laquelle des bateaux arrivent à naviguer plus vite que le vent. Mais évidemment, quand on est aux allures portantes, avec le vent qui vient de l'arrière du bateau, le vent vitesse du bateau annule en partie le vent réel et cela nous fait donc un vent apparent qui est plus faible que le vent réel. Alors quand il n'y a déjà pas beaucoup de vent réel, et bien il y a encore moins de vent apparent, et comme c'est avec celui là que l'on avance, ça marche beaucoup moins bien. Cette petite leçon de résultante de vent réel et de vent vitess
e qui donne le vent apparent (celui que l'on ressent sur le bateau et qui glisse sur les voiles et qui nous fait avancer) est peut-être un peu rébarbative, mais c'est la base pour comprendre comment marche un voilier. Si vous ne naviguez pas du tout et que vous avez l'immense sagesse de ne jamais avoir l'intention de poser le pied sur un bateau, cette petite explication vous permettra au moins de comprendre que si il y a un vent de 100 km/heure chez vous et que si il vous prend l'envie d'aller faire une petite ballade avec votre décapotable, roulez à 100km/heure vent arrière et vous ne risquerez pas d'être décoiffé et Madame pourra garder son chapeau. Par contre, attention, si vous roulez face au vent, mettez bien vos lunettes pour ne pas avoir les paupières retournées par la vitesse.
Pour en revenir à notre nuit sur Campagne de France, nous ne risquions ni d'être décoiffés, ni encore moins d'avoir les paupières retournées par la vitesse. En effet c'était plutôt genre calmasse, limite merdasse car avec les vagues et la houle résultantes d'une certaine époque où il avait du y avoir du vent dans ce coin là, le bateau remuait suffisamment pour empêcher les voiles de bien s'établir et de se gonfler correctement.
Il faut comprendre que les voiles ne sont pas des sacs faits pour se remplir de vent, mais des profils, un peu comme des ailes d'avion, sur lesquels le vent glisse et c'est ce qui crée une portance. D'ailleurs, sur les bateaux de course qui ne sont pas destinés à aller au large, comme ceux de l'America's Cup, les voiles sont remplacées en partie par une aile rigide épaisse au profil parfait, dont l'efficacité est bien supérieure à de simples toiles, aussi bien dessinées soient-elles. On ne peut pas avoir pas d'aile rigide complète pour la course au large, car il arrive tout de même de temps en temps (assez souvent même) qu'il fasse réduire la toile parce qu'il y a trop de vent, et pour l'instant, à part la scie égoïne ou la tronçonneuse, on n'a pas encore vraiment trouver le moyen de diminuer la surface des ailes rigides (surtout s'il faut remettre la totalité de la surface quand ça mollit à nouveau...).
Donc, avec nos voiles toutes dandinantes, Campagne de France progressait péniblement de risées en risées, chaque bouffée d'air nous donnant une pitchenette pour regonfler nos voiles comme il faut et nous permettre de nous déhaler sur quelques longueurs.
Actuellement nous naviguons plus sud que la route directe,  car si Alizés il y a, il semblerait que ce soit plus établi dans le Sud. Donc nous allons un peu faire le tour de la paroisse pour éviter une vaste étendue de vents instables qui nous barre la route directe vers Grenada.   
Décidément, nous n'établirons pas un temps record sur cette traversée, mais comme nous sommes en course ce n'est pas grave, la seule chose qui importe est d'essayer d'arriver avant les adversaires. C'est un peu comme un match de foot, il ne s'agit pas de mettre le plus de buts possibles, il "suffit juste" d'en mettre un de plus que les autres. N'en déplaise aux spectateurs qui aiment forcément mieux quand ça va vite ou quand il y a un maximum de buts. Comme quoi, la compétition, c'est pas forcément ce qu'il y a de plus intéressant à regarder, il vaut mieux la vivre.
A bientôt
Campagne de France  - 20°19N/31°39W - route au Sud Ouest ... enfin on essaye...