Campagne de France - FRA147 - double blog

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Over a week of racing and not yet half way. Sometimes respectable breeze, sometimes next to nothing, sometimes some clouds that look like nascent trade wind clouds. Just to tempt us. Every time the wind speed changes, so does the interior decor of the boat. Stacking is permitted in the Class40 rules (with the exception of a few items), and moving all the sails, spares, tools, water, food etc plays an integral part in boat performance. On Campagne de France, stacking is done scientifically and neatly under the command of the stacking master. There has been ample opportunity for practice so far.
We have a watermaker on board - a great asset both in the amount of water to shift around the boat (ie considerably less than boats which are carrying enough water for the entire race) and for the extra fresh water it produces for non-salt water washing - luxury!
Campagne de France - seeking the fabled trade winds

PS We wanted to send you some photos but the attachments are causing the software to crash...

Des bords et des bords

Décidément il est écrit que nous ne ferons jamais la route directe vers Grenada.

En effet Campagne de France semble condamné à tirer des bords tout au long de cette Transat.
S'il est facile à comprendre que nous sommes obligés de tirer des bords quand nous sommes face au vent, il est plus difficile pour le Terrien d'imaginer que vent arrière aussi nous ne pouvons pas aller tout droit.

En effet, un voilier ne peut pas marcher, en tous cas pas correctement, avec le vent pile dans l'axe derrière. Pour plusieurs raisons. D'abord il y a cette histoire de vent apparent que j'ai exliqué hier, et aussi il faut donner une bonne incidence sur les voiles. Encore une fois, ce ne sont pas des mongolfières horizontales, et même un spi, qui de loin ressemble pourtant à une grosse voile ballon, a besoin aussi de fonctionner en écoulement laminaire pour tirer convenablement. En plus il y a la mer et il faut appuyer un peu le bateau sur un bord, sous peine de rouler comme une barrique. Tout ça pour dire, que même au vent arrière, on tire des bords.
Quand on change de bord au près on appelle ça un virement de bord. Au vent arrière on dit un empannage. C'est d'ailleurs bizarre que le terme "virer de bord" est courrament employé en langage terrien imagé, alors que le verbe "empanner" est si peu usité. Par exemple, on dit souvent qu'un Politique a "viré de bord" quand il a changé de camp. Il me semble pourtant que l'emploi du verbe "empanner" serait plus judicieux, tant en général les politiques ont la finesse pour sentir d'où vient le vent et qu'ils ne sont pas stupides au point d'être en permanence face au vent. Ils sont plutôt du genre à naviguer au portant, plutôt que d'aller à contre courant. Tout au moins ceux qui veulent se faire élire.

Bref, empannage ou virement cela fait partie des manoeuvres usuelles sur un voilier. Le virement de bord ne pose jamais de problème, si ce n'est qu'il faut réapprendre le bateau à l'intérieur. Imaginer que vous viviez dans une pièce inclinée à 25°, si brutalement elle devait basculer de 50° pour se retrouver penchée de 25° de l'autre côté, vous comprenez aisément que si vous n'avez pas prévu le coup il y aura de la vaisselle cassée et que si vous étiez bien calé dans votre lit à la bonne inclinaison vous vous réveillerez, plutôt brutalement, sur la carpette. Par conre l'empannage, surtout dès qu'il y a un peu de vent, peut être beaucoup plus scabreux. Faire passer les voiles, qui sont entièrement débordeés, d'un côté à l'autre n'est pas une mince affaire. Si cela ne se passe pas bien, ça peut finir par un vrac monumental, avec le bateau couché sur l'eau et le spi transformé en tenue d'Indien avec des lanières partout. Comme nous n'avons qu'un seul grand spi, il y a intérêt à faire gaffe, sinon le reste de la course risque d'être un tantinet longuet, étant donné que nous avons des chances de la finir entièrement au portant et que sans le grand spi, ça marche beaucoup moins bien.

Pour ces manoeuvres d'empannages et de virements de bord, s'il n'y avait que le travail sur le pont ce serait plutôt sympa. Mais hélas il y a la corvée du "matossage", c'est à dire qu'il faut transbahuter à l'intérieur du bateau tout le matériel que nous sommes autorisés à déplacer (Dieu merci, on n'a pas le droit de bouger les batteries, entre autres). Sur un voilier de course comme Campagne de France, l'assiette doit être parfaitement optimisée en permanence et donc les poids placés au bon endroit à l'intérieur du bateau. Et ça en fait des trucs à "matosser", même si on essaye de voyager léger, il reste quand même un paquet de bazar à se coltiner. Les voiles, la bouffe, la flotte, le matos de rechange, la caisse à clous, les sacs de fringues... tout y passe, jusqu'aux petites cuillères (heureusement il n'y en a que 2). Ce matossage, c'est vraiment la corvée et c'est à ce moment là que l'on se dit que ce serait pas si mal d'avoir du personnel. Mais comme ça ferait encore plus de matos à déplacer et qu'entre deux virements ou empannages on saurait pas forcément trop comment les occuper, ça le fait très bien comme ça.

A bientôt - Campagne de France - 18°52N/33°54W - babord ou tribord amure, je ne sais plus.