Jeudi matin à bord Campagne de France FRA147

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Bonjour
Tirer des bords sur la "Route des Alizés" c'est pas banal... ni agréable. Aussi, comme s'il ne suffisait pas d'avoir le vent dans le nez, il faut y rajouter du courant, histoire de nous empêcher un peu plus d'aller où l'on veut.
Quand on a déjà fait cette route tout au portant et que l'on se retrouve à galérer, soit dans la calmasse, soit sous des grains idiots, soit contre des vents et des courants contraires, le tout dans une mer hachée et dure, voire même tout en même temps et son contraire en l'espace de quelques heures, on a franchement l'impression de s'être fait avoir à la lecture du prospectus. C'est un peu comme d'avoir visité le pavillon témoin, avec tout comme il faut et la deco qui va bien, et de se retrouver dans une baraque avec les murs qui se fissurent, le toit qui fuit, tout comme la plomberie d'ailleurs, et les fenètres qui ne ferment pas. Ca sent la tromperie à plein nez. Mais une fois qu'on a signé, on ne peut plus reculer. Il faut faire avec, vu qu'on n'a pas toujours les moyens de faire un procès, même si c'est très à la mode.
Donc, pour l'instant Campagne de France fait route à l'Ouest, sans pouvoir mettre de Sud dans sa direction, étant donné que le vent est Sud Ouest, mais avec même une petite tendance à être plus Sud que prévu, ce qui veut dire qu'on ne peut même pas virer pour essayer de gagner dans le Sud, sous peine de viser Dakar, et ce n'est franchement pas là où on veut aller, même si le Sénégal a, parait-il, des atouts insoupsonnés.
Bref, il faut prendre son mal en patience, tout finit par s'arranger. Les manoeuvres s'alternent entre prendre des ris dans la grand voile ou les larguer, passer du genois à la trinquette et vice versa. Le vent est tellement instable qu'on ne sait jamais comment habiller le bateau et c'est le coup classique, il suffit de prendre son parapluie pour qu'il ne pleuve pas et de l'oublier pour qu'il flotte à plein sciaux.
Ce qui est bizarre, c'est qu'on finit par s'habituer à tout. Les premières heures de près sont toujours un rappel brutal d'à quel point c'est pénible, avec le bateau qui penche, qui cogne, qui remue, le café qui se renverse et tout qui prend 3 fois plus de temps à la table à carte parce que la souris de l'ordinateur est dure à maîtriser avec les soubresauts et que les doigts tapent toujours sur les touches d'à côté de celles qu'on veut sur le clavier. Dehors, j'en parle même pas, c'est les embruns qui vous arrivent dessus dès qu'on sort la tête. Mais au bout d'un certain temps, on trouve tout ça "normal" et on fait avec. Par contre ce genre de situation passe bien au Large, mais aller faire du près dans des mers infernales, parce que peu profondes et pleines de courants forts, comme la Mer Celtique, c'est de la stupidité pure car ce sont des conditions vraiment trop casse bateaux tellement la mer est courte et brutale. Le matos est costaud, mais il ne faut peut-être pas en d
emander trop quand même...
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Mais que se passe-t-il? Les Dieux de la Mer, penchés sur mon épaule à lire pendant que j'écris (ce que je déteste), se seraient-ils réveillés et se seraient-ils dit "Ha, zut, on a oublié de faire tourner le vent comme on avait dit". Et voilà. Un petit coup de manette de 15 degrés à droite, ce qui est pourtant facile pour eux qui n'ont qu'à tourner la molette, et pour nous c'est une bonne oportunité pour enfin virer de bord, définitivement j'espère cette fois.
Maintenant Campagne de France tape droit dans la Mer , formée par plusieurs jours de vent de Sud. C'est pas confort, mais on va vers du mieux. Encore quelques mauvaises heures à passer et si d'ici là on n'a pas eu le cerveau qu'est tombé dans les talons à force de planter des pieux on devrait peut-être d'ici quelques jours naviguer comme c'était indiqué sur le prospectus.
A bientôt