Campagne de France - FRA147 - Samedi Matin

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Bonjour

Normalement, si les vents le permettent et si tout continue de se passer comme il se doit à bord de Campagne de France, arrivée demain à Grenada.

Curieux de découvrir cette île que nous ne connaissons pas. Aussi, même si nous sommes pas mal là où nous sommes, pas mécontents d'arriver non plus, car ce long bord de portant n'est pas de tout repos. En effet, la Mer ne s'est toujours pas vraiment organisée et aussi l'instabilité du vent en force et direction, tout ça réuni fait que c'est un tantinet usant.

Sur Campagne de France, on dose. Evidemment nous essayons de faire marcher le bateau à une vitesse raisonnable, mais le maître mot est surtout "on assure". Comme chacun sait, tant que la ligne n'est pas franchie rien n'est acquis. Et il reste encore 300 milles environ à parcourir avant de la franchir cette ligne. Il peut s'en passer des choses en 300 milles, surtout qu'avec une mer pareille nous ne sommes jamais à l'abri d'un "départ au tas". Se retrouver avec le spi en tenue d'Indien avec 300 milles restant à faire, on risquerait de les trouver longuets ces milles, si nous devions ne plus avoir les voiles qu'il faut. Nous avons déjà expérimenté cela à la Transat Jacques Vabre 2013 où la perte de notre spi medium nous avait coûté un paquet de places. Donc, quand on est bien placé, il vaut mieux parfois ronger un peu son frein plutôt que de faire le cake en torchant de la toile à la recherche d'un chrono qui n'intéresse personne. Il n'y a que le résultat qui compte, et en course il est plus important d'arriver devant les autres que d'aller très vite... de temps en temps.

L'histoire de la course au large nous offre suffisamment d'exemples pour nous rappeler à la raison. Le plus marquant est probablement celui de l'infortuné Steve Ravussin qui a chaviré à 700 milles de l'arrivée de la Route du Rhum 2002, alors qu'il avait course quasiment gagnée avec une avance tellement colossale sur ses poursuivants qu'il lui aurait suffit de finir à un train de Sénateur, sous voilure réduite de convoyage et sans risque, pour s'assurer la victoire. Il doit encore le regretter son excès de zèle et ses rêves de pêter les chronos, car une victoire à la Route du Rhum, ce n'est pas rien dans la vie d'un homme ou d'une femme... Mais le malheur des uns faisant le bonheur des autres c'est Michel Desjoyaux qui a donc gagné en multicoque cette année là, malgré 2 escales techniques, et Helen Mac Arthur qui a franchi la ligne d'arrivée en premier sur son monocoque Kingfisher, franchissant par la même occasion un pas de plus vers son annoblissement futur par la Reine d'An
gleterre et Duchesse de Normandie.

Donc, sur Campagne de France, nous naviguons pour l'instant "à la normande", avec la dose d'audace et de sagesse qui convient à la situation.
Si nous ne sommes pas trop secoués à un moment de la journée, nous en profiterons aussi pour abuser sans compter de notre réserve d'eau douce inépuisable, histoire que les personnes qui seront sous notre vent à l'arrivée, et après aussi, ne soient pas trop incommodées par l'odeur. Par contre il ne faut pas se faire trop d'illusions, car comme après 15 jours de mer nous avons perdu les repères olfactifs terriens, il n'est pas garanti que nous arriverons à nous débarasser totalement d'un certain fumet, que nous ne sentons plus depuis longtemps, mais que nous découvrons en général avec horreur quand nous retournons à bord le lendemain de l'arrivée pour faire le grand nettoyage (vu que le jour de l'arrivée, on ne fait rien d'autre que de se réaclimater, c'est à dire qu'on mange autre chose que du lyophilisé et qu'on boit des bières...).

Campagne de France - 12°14N/56°51W - à 300 milles du but.