Campagne de France FRA147 Vendredi Midi

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Bonjour
Cela fait maintenant quelques jours que Campagne de France navigue aux allures portantes, cap, à peu de chose près, sur Grenada.
Même si "théoriquement" les allures portantes c'est mieux que le près, cela dépend tout de même de l'état de la mer et du vent. Depuis cette nuit, nous pouvons de temps en temps enfin confier la barre au pilote automatique, car même si celui-ci se débrouille pas mal du tout il ne faut tout de même pas trop lui en demander et quand la mer est trop abominafreuse il a tout de même du mal.
En tous cas nous on barre mieux et plus vite dans ces conditions et, même si c'est assez pénible de ne pas pouvoir lâcher le guidon, on ne va pas se plaindre car quand les pilotes automatiques barreront tout le temps et dans toutes les conditions mieux que nous et bien je me ferais tout bonnement viré, étant donné que c'est un truc que je sais encore faire pas trop mal sur un bateau. Donc les progrès techniques c'est bien, mais le syndicat des Barreurs surveille quand même ça du coin de l'oeil, histoire de ne pas hôter le pain de la bouche à une population maritime encore précieuse.
Donc la mer n'est pas très bien rangée. Cela doit être du en partie à un très fort courant venant du Sud et qui après avoir longé les côtes du Brésil vient à la rencontre de tout ce qui vient de l'Atlantique nord. Nous constatons aussi un résidu de houle de Sud Est, probablement issu des Alizé de Sud Est, qui sont de l'autre côté du Pot au Noir, donc pas si loin que ça. Cette houle rencontre celle d'Est-Nord Est, typique des Alizé de Nord Est, et cette rencontre, plus le fort courant, engendre un joli bazar, avec une houle croisée et des vagues très abrutes venant de diverses directions. Donc ça secoue fort et tout ça ne donne pas une conjoncture très favorable aux grandes glissades que l'imaginaire associe à la route des Alizés.
Il arrive très fréquemment que les départs aux surf se terminent très brutalement pas un choc frontal dans le talus liquide qui se dresse devant l'étrave. L'arrêt buffet est violent et c'est des coups à se retrouver le nez écrasé sur le pare-brise.
Les déplacements à bord sont très laborieux et il arrive que l'on se prenne des belles valdingues, même si à l'intérieur du bateau nous ne manquons pas de main courantes pour nous accrocher. Donc, si à l'arrivée vous constatez quelques echimoses sur nos corps, n'allez pas en déduire qu'il y a le moindre problème relationel à bord, ce qui est très loin d'être la cas sur Campagne de France.
Pour les manoeuvres sur la plage avant, nous retrouvons la posture naturelle de tout animal digne de ce nom, à savoir que l'on marche aussi sur les pattes de devant et pas seulement sur celles de derrière.
Donc tout cela est un peu fatiguant et cela commence un peu à se ressentir. Mais même si l'arrivée n'est plus très loin, nous sommes toujours dessus à fond, car comme chacun sait, tant que la ligne n'est pas franchie, rien est acquis et tout peut arriver. Même si nous avons une petite avance sur nos concurrents, il reste tout de même un peu de route à faire, durant laquelle il peut encore se passer bien des choses.
A bientôt
Campagne de France - 11°45N/52°26W - cap ouest.